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Retraite progressive à 60 ans : ce que le décret de juillet 2025 a changé

September 1, 2026

Retraite progressive à 60 ans : ce que le décret de juillet 2025 a changé

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Beaucoup de salariés de 60 ans veulent ralentir sans décrocher, et beaucoup de DRH ne savent pas encore comment organiser cette transition emploi-retraite. Le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025, publié au Journal officiel du 23 juillet 2025, a abaissé l’âge d’ouverture du droit à la retraite progressive à 60 ans pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2025. Cet article détaille les nouvelles conditions d’accès (150 trimestres, activité comprise entre 40 et 80 % d’un temps complet), les démarches et les délais. L’enjeu est direct : deux années supplémentaires pour aménager une fin de carrière, transmettre un savoir-faire et sécuriser ses droits à la retraite.

Ce dispositif n’est plus une curiosité administrative. Il devient un outil de gestion des secondes parties de carrière, à un moment où l’Insee rappelle que le taux d’emploi des 60-64 ans reste inférieur à 40 % en France. Autrement dit : un levier RH disponible immédiatement, pour un coût maîtrisé.

Ce que le décret de juillet 2025 change concrètement pour la retraite progressive

Le changement tient en une ligne : l’âge plancher passe de « deux ans avant l’âge légal » à un âge fixe de 60 ans. Avant cette réforme des retraites, un salarié né en 1966 devait attendre 61 ans et 6 mois, et un salarié né à partir de 1968 patientait jusqu’à 62 ans. Depuis le 1er septembre 2025, la borne est la même pour tous.

Deux textes ont été publiés simultanément. Le décret n° 2025-680 couvre les agents des collectivités territoriales et hospitalières affiliés à la CNRACL ainsi que les ouvriers des établissements industriels de l’État. Le décret n° 2025-681 traite du régime général, des régimes spéciaux, de la fonction publique d’État, des salariés et non-salariés agricoles, des professions libérales et des avocats.

Ces modifications légales découlent d’un accord national interprofessionnel conclu à l’automne 2024 par la CFDT, FO, la CFE-CGC et la CFTC côté salariés, le MEDEF, la CPME et l’U2P côté employeurs. Une négociation paritaire aboutie, transformée en droit opposable en moins d’un an : le calendrier mérite d’être souligné.

Pourquoi cet abaissement de l’âge de départ compte pour les entreprises

Un salarié qui peut réduire son activité dès 60 ans reste dans l’entreprise plus longtemps, avec ses compétences métiers intactes. Le départ brutal, souvent redouté par les équipes, se transforme en glissement organisé sur deux, trois ou quatre ans.

Prenons une PME industrielle de 180 salariés dont le responsable qualité, 60 ans, détient la mémoire de toutes les certifications maison. Un passage à 70 % permet de dégager du temps pour former son successeur, sans perdre le pilotage des audits. Le savoir-faire ne part plus avec le carton de départ.

Conditions de la retraite progressive à 60 ans : trimestres, temps partiel, accord employeur

Trois conditions cumulatives ouvrent le droit. Il faut avoir atteint 60 ans, justifier de 150 trimestres (soit 37,5 années) tous régimes de base confondus, et exercer une activité réduite représentant entre 40 % et 80 % d’un temps complet.

  • Âge : 60 ans révolus, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025.
  • Durée d’assurance : 150 trimestres validés, régimes de base cumulés, y compris les périodes assimilées.
  • Quotité de travail : entre 40 et 80 % de la durée légale ou conventionnelle applicable dans l’entreprise.
  • Accord de l’employeur sur le passage à temps partiel, tout refus devant être motivé.
  • Justificatifs : contrat de travail ou avenant précisant la durée du travail, transmis à la caisse.

Ce dernier point mérite l’attention des directions RH. L’employeur conserve une capacité de refus, mais il doit désormais l’argumenter par écrit, sur la base de motifs liés à l’organisation du travail. Un simple « ce n’est pas dans nos habitudes » ne tient plus.

Les échanges menés avec des équipes RH engagées dans des programmes de transmission montrent un réflexe récurrent : la crainte d’un effet domino. En pratique, les demandes arrivent de façon échelonnée, et une politique claire de fin de carrière évite l’improvisation au cas par cas. Anticiper coûte moins cher que subir.

Montant de la pension en retraite progressive : comment se calcule la fraction versée

La règle est arithmétique et rassurante : la fraction de pension versée correspond au pourcentage de temps non travaillé. Un salarié à 60 % perçoit 40 % de sa retraite provisoire, un salarié à 50 % touche 50 %.

Temps de travail conservé Fraction de pension versée Traduction en jours (base 5 jours)
80 % 20 % 4 jours travaillés
70 % 30 % 3,5 jours travaillés
60 % 40 % 3 jours travaillés
50 % 50 % 2,5 jours travaillés
40 % 60 % 2 jours travaillés

Le salarié continue à cotiser sur son activité réduite. Ces cotisations retraite alimentent ses droits jusqu’à la liquidation définitive, qui sera recalculée le jour du départ complet. La retraite progressive n’est donc pas une pension figée, mais une avance partielle.

Un dispositif complémentaire mérite d’être négocié : la surcotisation sur la base d’un temps plein, prévue par accord d’entreprise ou avenant individuel. Elle neutralise l’effet du temps partiel sur le montant final. Une mesure peu coûteuse, très appréciée des salariés concernés.

Retraite progressive et cumul avec d’autres droits

La fraction de pension se cumule avec les revenus d’activité, sans plafond spécifique de ressources. Les régimes complémentaires, Agirc-Arrco pour les salariés du privé, versent également leur part de manière proportionnelle.

Attention à une mécanique souvent découverte trop tard : toute modification de la quotité de travail doit être déclarée. Une remontée à 85 % fait sortir du dispositif, une descente à 35 % également. La fourchette 40-80 % constitue un couloir, pas une indication.

Comment demander sa retraite progressive : démarches, délais et pièges à éviter

La demande s’effectue en ligne sur le site de l’Assurance retraite, cinq mois avant la date de départ souhaitée. Ce délai n’est pas une recommandation de politesse administrative : une demande déposée trop tard décale l’ouverture des droits.

La chronologie idéale se construit à l’envers. Le salarié fixe sa date cible, obtient l’accord écrit de son employeur sur la nouvelle quotité, signe l’avenant au contrat, puis dépose son dossier avec le relevé de carrière et l’attestation de temps partiel.

Une confusion fréquente concerne l’articulation avec le temps partiel existant. Un salarié déjà à 80 % depuis trois ans n’a pas besoin de modifier son contrat : il remplit d’emblée la condition de quotité. Son dossier se limite alors à l’attestation employeur.

Côté DRH, la meilleure prévention reste le cadrage collectif. Définir en amont les postes compatibles, les quotités acceptables et les modalités de remplacement partiel évite les refus improvisés et les contentieux. Les entreprises qui ont formalisé cette grille traitent leurs demandes en quelques jours.

Loi seniors, négociation obligatoire et malus : le nouveau cadre RH autour de la fin de carrière

La retraite progressive n’arrive pas seule. La loi transposant l’accord national interprofessionnel sur l’emploi des salariés expérimentés, promulguée à l’automne 2025, impose aux entreprises et aux branches de négocier sur l’emploi des seniors, avec des thèmes obligatoires précis. L’aménagement des fins de carrière en fait partie.

Les directions des ressources humaines gagnent à traiter ces deux chantiers ensemble. Une négociation qui ignore l’abaissement de l’âge d’accès au dispositif produit un accord déjà décalé. Pour cadrer les thèmes à couvrir, ce panorama des obligations de négociation en faveur des salariés expérimentés donne la structure attendue.

Avant d’ouvrir la discussion, un diagnostic chiffré change tout : pyramide des âges, projections de départs, postes critiques, compétences non documentées. Cette méthode de diagnostic préalable en huit indicateurs évite les accords rédigés à l’aveugle.

Le volet financier compte aussi. Les entreprises qui ne jouent pas le jeu du maintien en emploi s’exposent à un durcissement de leurs contributions, un sujet détaillé dans cette analyse du malus sur les cotisations seniors et de son périmètre réel. Le calcul est vite fait : organiser la transition coûte moins qu’un ajustement de cotisations.

Combiner retraite progressive et mécénat de compétences pour transmettre son expertise

Voici l’articulation la plus prometteuse ouverte par le décret : le temps libéré par la réduction d’activité peut accueillir une mission de mécénat de compétences. Le salarié conserve son contrat de travail, perçoit une fraction de sa pension, et met son expertise au service d’une association d’intérêt général.

Les deux dispositifs se complètent sans se confondre. La retraite progressive relève du droit de la Sécurité sociale et modifie la quotité de travail. Le mécénat de compétences relève de l’article 238 bis du Code général des impôts et concerne la mise à disposition de salariés auprès d’organismes éligibles, avec réduction d’impôt de 60 % pour l’entreprise dans les limites prévues par le texte.

Imaginons un directeur financier de 61 ans passé à 60 %. Deux de ses trois jours travaillés restent consacrés au contrôle de gestion, le troisième est mobilisé, dans le cadre d’une convention de mécénat, pour structurer la comptabilité d’une association d’aide alimentaire. L’entreprise valorise son engagement sociétal, l’association accède à une compétence qu’elle ne pourrait jamais financer, le collaborateur donne du sens à sa dernière ligne droite.

Cette rencontre entre un besoin associatif identifié et une compétence professionnelle disponible constitue le cœur du sujet. Les collaborateurs concernés le formulent souvent simplement : ils veulent que leur expérience serve encore. Les parcours décrits pour celles et ceux qui souhaitent transmettre leur expertise sans quitter leur entreprise montrent la variété des missions possibles.

Ce que gagnent l’entreprise, le collaborateur et l’association

Pour l’entreprise, le gain est double : rétention du capital de compétences et crédibilité de sa politique RSE. Un programme de fin de carrière articulé avec des missions d’intérêt général nourrit la marque employeur bien plus efficacement qu’une charte affichée en salle de pause.

Pour le collaborateur, la transition emploi-retraite cesse d’être une falaise. Il ajuste son rythme, sécurise ses droits, teste un engagement associatif, parfois prolongé après la liquidation complète de sa pension au sein d’une communauté d’anciens salariés.

Pour l’association, l’apport est immédiat : une compétence senior, opérationnelle, disponible sur un créneau régulier. Les organismes d’intérêt général répètent le même besoin — de la continuité plutôt qu’une intervention ponctuelle. Un rythme d’un jour par semaine sur douze mois vaut mieux que dix jours d’affilée.

Vigilances juridiques et organisationnelles avant de lancer le dispositif

Trois zones de friction reviennent régulièrement. La première concerne la charge de travail : réduire la quotité sans réduire les missions produit un temps partiel fictif et un salarié épuisé. L’ajustement du périmètre doit être écrit noir sur blanc dans l’avenant.

La deuxième porte sur les cadres au forfait jours, dont la réduction d’activité se calcule en jours travaillés annuels. Un forfait ramené de 218 à 152 jours correspond à 70 %, ce qui suppose un avenant précis et une déclaration cohérente auprès de la caisse.

La troisième concerne la frontière entre mécénat de compétences et prestation de service. Une mission réalisée au profit d’un organisme non éligible, ou assortie de contreparties disproportionnées, fait perdre le bénéfice fiscal. La vérification de l’éligibilité de l’association, en amont, reste incontournable.

Dernier réflexe utile : documenter. Convention de mécénat, avenant au contrat, attestation de temps partiel, suivi des jours de mission. Un dossier propre protège l’employeur comme le salarié en cas de contrôle.

Ce que vous retenez

  • Les décrets n° 2025-680 et n° 2025-681 du 15 juillet 2025 fixent l’âge d’accès à la retraite progressive à 60 ans, pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025.
  • Trois conditions cumulatives : 60 ans, 150 trimestres tous régimes confondus, activité entre 40 % et 80 % d’un temps complet.
  • La fraction de pension versée équivaut au pourcentage de temps non travaillé, et les cotisations continuent d’alimenter les droits jusqu’à la liquidation définitive.
  • La demande se dépose sur le site de l’Assurance retraite cinq mois avant la date souhaitée, avec accord écrit de l’employeur et avenant au contrat.
  • Le temps libéré peut accueillir une mission de mécénat de compétences, alliant transmission, impact social et avantage fiscal encadré par l’article 238 bis du CGI.

Les compétences accumulées pendant une carrière ne perdent pas leur valeur à 60 ans. Elles changent simplement de terrain de jeu. Pour identifier le parcours correspondant à votre rôle — direction RH, direction RSE, collaborateur expérimenté ou association — le point d’entrée se trouve sur la page dédiée à chaque profil d’acteur du mécénat de compétences. Et pour les DRH qui veulent faire de l’obligation de négocier un vrai projet de transmission, ce parcours dédié aux directions des ressources humaines détaille la méthode.

Peut-on refuser une demande de retraite progressive à un salarié ?

Oui, mais le refus doit être motivé. L’employeur peut s’opposer au passage à temps partiel pour des raisons liées à l’organisation du travail ou à l’activité de l’entreprise, et il doit formaliser ces motifs par écrit. Les conditions générales du dispositif figurent dans le décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025 et sur Service-Public.fr. Un cadrage collectif préalable des postes compatibles limite fortement les désaccords individuels.

Combien de trimestres faut-il pour une retraite progressive à 60 ans ?

Il faut réunir au moins 150 trimestres, soit 37,5 années, tous régimes de base confondus. Ce total inclut les périodes assimilées comme le chômage indemnisé, la maladie ou le service national. Le relevé de carrière disponible sur le site de l’Assurance retraite permet de vérifier ce compteur avant toute démarche. Cette condition s’ajoute à l’âge de 60 ans et à une activité comprise entre 40 et 80 % d’un temps complet.

La retraite progressive réduit-elle le montant de la retraite définitive ?

Non, pas mécaniquement. Le salarié continue de cotiser sur son activité réduite et sa pension est recalculée lors de la liquidation complète, en intégrant ces nouveaux droits. La quotité de travail réduite génère simplement moins de cotisations qu’un temps plein. Une clause de surcotisation sur la base d’un temps plein, prévue par accord d’entreprise ou avenant, neutralise cet effet.

Un salarié en retraite progressive peut-il faire du mécénat de compétences ?

Oui. Le contrat de travail se poursuit, ce qui rend possible une mise à disposition auprès d’un organisme d’intérêt général dans le cadre d’une convention de mécénat. L’entreprise valorise le coût salarial correspondant et bénéficie de la réduction d’impôt prévue à l’article 238 bis du Code général des impôts, dans les limites fixées par ce texte. L’éligibilité de l’association doit être vérifiée avant la signature.

Quand déposer sa demande de retraite progressive ?

Cinq mois avant la date de début souhaitée, sur le site de l’Assurance retraite. Ce délai permet l’instruction du dossier et le calcul de la fraction de pension. Les pièces attendues comprennent le relevé de carrière, l’avenant au contrat de travail précisant la nouvelle durée du travail et l’attestation de l’employeur. Une demande tardive décale l’ouverture effective des droits.