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Loi seniors : depuis le 26 octobre 2025, les entreprises et groupes d’au moins 300 salariés dotés d’un délégué syndical doivent ouvrir une négociation obligatoire sur l’emploi et les conditions de travail des salariés expérimentés. Quatre thèmes obligatoires structurent cette discussion : recrutement, maintien dans l’emploi, aménagement des fins de carrière et transmission des savoirs. Le problème ? Beaucoup de directions RH découvrent l’obligation sans savoir par où commencer. Cet article détaille les quatre volets à couvrir, le calendrier légal (échéance au 26 octobre 2028), le diagnostic préalable et les marges de manœuvre disponibles. Une négociation bien préparée devient un accélérateur de politique RH, pas une contrainte de plus.
Au sommaire
Ce que change la loi seniors du 24 octobre 2025 pour les entreprises
La loi n°2025-989 du 24 octobre 2025 transpose l’accord national interprofessionnel en faveur de l’emploi des salariés expérimentés. Elle crée un thème de négociation d’ordre public inscrit à l’article L.2242-2-1 du code du travail. Autrement dit : un sujet qui s’ajoute aux blocs de négociation existants, et qui ne peut pas être écarté.
Jusqu’ici, l’emploi des salariés âgés pouvait être évoqué au détour de la négociation GEPP, sur un mode facultatif. Ce n’est plus le cas. Le législateur a retiré du périmètre GEPP l’emploi des salariés âgés, la transmission des savoir-faire et l’amélioration de leurs conditions de travail (article L.2242-21). Ces sujets deviennent le cœur d’une négociation autonome.
Le contexte explique cette fermeté. Le taux d’emploi des 55-64 ans en France reste proche de 60 % selon l’enquête Emploi de l’Insee (2024), loin des standards nordiques. Sans levier contraignant, les politiques d’âge restaient déclaratives dans une majorité d’entreprises.
Les 4 thèmes obligatoires que votre négociation seniors doit couvrir
À défaut d’accord aménageant le contenu de la discussion, la négociation porte obligatoirement sur quatre volets fixés à l’article L.2241-14-1 du code du travail : le recrutement des salariés expérimentés, leur maintien dans l’emploi, l’aménagement des fins de carrière et la transmission de leurs savoirs et compétences. Aucun de ces quatre blocs ne peut être escamoté.
| Thème obligatoire | Ce que la négociation doit aborder | Indicateurs utiles au diagnostic |
|---|---|---|
| Recrutement des salariés expérimentés | Lutte contre les biais d’âge, sourcing, intégration, alternance senior | Part des plus de 50 ans dans les embauches, taux de candidatures retenues par tranche d’âge |
| Maintien dans l’emploi | Prévention de l’usure, adaptation des postes, mobilité interne, formation | Absentéisme, restrictions d’aptitude, taux d’accès à la formation après 55 ans |
| Aménagement des fins de carrière | Retraite progressive, temps partiel, entretiens de seconde partie de carrière | Nombre de départs anticipés, demandes de temps partiel, pyramide des âges |
| Transmission des savoirs | Mentorat, tutorat, mécénat de compétences | Compétences critiques identifiées, nombre de tuteurs actifs, départs prévus à 3 ans |
Recruter après 50 ans : sortir du discours et poser des indicateurs
Le premier volet touche un angle mort bien documenté : les candidatures des plus de 50 ans reçoivent statistiquement moins de réponses positives. La négociation doit donc produire des engagements mesurables, pas une déclaration d’intention sur les droits des seniors.
Prenons une ETI industrielle fictive de 450 salariés, appelons-la Vergnaud Technologies. Son diagnostic révèle que 4 % seulement de ses embauches concernent des candidats de plus de 50 ans, alors qu’ils représentent 19 % des candidatures reçues. L’écart devient le point de départ de la discussion syndicale, avec un objectif chiffré à trois ans.
Un engagement sans indicateur, c’est un accord qui vieillit mal dès sa signature.
Maintien dans l’emploi et santé des seniors : anticiper l’usure professionnelle
Le deuxième thème relie emploi et santé des seniors. Il s’agit d’adapter les postes, de prévenir l’usure liée aux ports de charges ou aux horaires décalés, et de garantir l’accès à la formation au-delà de 55 ans, âge où le taux d’accès chute nettement.
Chez Vergnaud Technologies, la piste retenue combine trois actions : rotation des postes en atelier, visite médicale renforcée à mi-carrière et abondement du CPF pour les projets de reconversion interne. Ce type d’arbitrage rejoint directement les enjeux de protection sociale complémentaire négociés dans l’entreprise.
Maintenir un salarié expérimenté coûte presque toujours moins cher que de reconstituer son expertise après son départ.
Aménagement des fins de carrière : retraite progressive et temps partiel
Le troisième volet vise explicitement les modalités d’accompagnement vers la retraite progressive et le temps partiel de fin de carrière. Les retraites ne se préparent plus six mois avant le départ : la loi installe une logique de transition longue.
Concrètement, la négociation peut fixer des règles de maintien des cotisations vieillesse sur un temps plein malgré un passage à 80 %, ou organiser un entretien systématique à 58 ans. Une salariée comptable de 61 ans qui réduit son activité à trois jours par semaine libère du temps sans quitter l’entreprise, et reste disponible pour former sa remplaçante.
Ce point rejoint une réalité observée dans beaucoup de directions RH : les collaborateurs en fin de carrière cherchent souvent une utilité renouvelée plus qu’un simple allègement d’horaires.
Transmission des savoirs : mentorat, tutorat et mécénat de compétences
Le quatrième thème cite nommément trois dispositifs : le mentorat, le tutorat et le mécénat de compétences. C’est une nouveauté juridique majeure, le mécénat de compétences entrant pour la première fois dans le champ d’une négociation obligatoire du code du travail.
Le mécénat de compétences consiste à mettre un salarié à disposition d’un organisme d’intérêt général sur son temps de travail, l’entreprise continuant à le rémunérer. Le dispositif ouvre droit à une réduction d’impôt au titre de l’article 238 bis du code général des impôts, dans les conditions fixées par le BOFiP. Il se distingue du bénévolat, exercé hors temps de travail et sans lien avec l’employeur.
Pour Vergnaud Technologies, un ingénieur qualité de 59 ans consacre deux jours par mois à structurer les procédures d’une association d’insertion locale. L’entreprise conserve son expertise, le territoire y gagne, et la démarche nourrit une dynamique d’inclusion sociale visible par les collaborateurs.
Quelles entreprises sont concernées et quel est le calendrier de la négociation
L’obligation vise les entreprises d’au moins 300 salariés et celles appartenant à un groupe d’au moins 300 salariés au sens du comité de groupe (article L.2331-1), à condition de disposer d’au moins un délégué syndical. Sans section syndicale représentative, l’obligation de négocier ne s’applique pas.
La périodicité obéit à une règle simple, qu’il vaut mieux mémoriser correctement :
- Tous les 3 ans en l’absence d’accord de méthode (disposition supplétive, article L.2242-13).
- Tous les 4 ans maximum si un accord collectif aménage le calendrier, les modalités pratiques et les informations transmises.
- Échéance de première ouverture : 26 octobre 2028, les textes étant entrés en vigueur le 26 octobre 2025.
- Branches professionnelles également soumises à cette obligation de négocier.
- Entreprises de moins de 300 salariés : non concernées par l’obligation, mais un plan d’action type de branche peut leur être proposé (article L.2241-2-1).
Attention à un effet peu commenté : une fois la négociation ouverte, l’employeur ne peut plus arrêter de décision unilatérale sur les matières traitées tant qu’elle n’est pas achevée, sauf urgence (article L.2242-4). Ouvrir la discussion engage donc le calendrier RH.
Le diagnostic préalable : la pièce maîtresse de la négociation seniors
En l’absence d’accord d’aménagement, la négociation doit être précédée d’un diagnostic (article L.2242-22), dont les informations à transmettre seront précisées par décret. Ce diagnostic n’est pas une formalité : il conditionne la qualité des échanges.
Un diagnostic utile croise la pyramide des âges, les départs prévisibles à trois et cinq ans, les compétences critiques détenues par les salariés expérimentés, les données de santé au travail et l’accès à la formation par tranche d’âge. Sans cette photographie, la négociation tourne à l’échange d’impressions.
Un détail juridique compte : la loi ne fixe aucun seuil d’âge pour définir un « salarié expérimenté en considération de son âge ». Ce sont les partenaires sociaux qui tranchent, en fonction des métiers. Dans le BTP, la question se pose parfois dès 45 ans ; dans le conseil, plutôt vers 58.
Que se passe-t-il en cas de désaccord avec les organisations syndicales
Si aucun accord n’est conclu, l’employeur établit un procès-verbal de désaccord. Il peut alors appliquer le plan d’action type prévu par l’accord de branche lorsqu’il existe, après information et consultation du comité social et économique et information des salariés (article L.2241-2-1).
Le PV de désaccord n’est pas une porte de sortie confortable. Il matérialise l’écart entre les positions et devient une pièce examinée lors des contrôles ou des contentieux ultérieurs. Mieux vaut un accord modeste mais appliqué qu’un désaccord documenté.
Les directions RH qui préparent ce type de négociation constatent souvent la même chose : le blocage porte rarement sur les principes, mais sur les moyens concrets alloués à la transmission. C’est précisément là qu’un dispositif structuré fait la différence.
Comment transformer l’obligation de négocier en levier RH concret
La négociation seniors peut rester un exercice défensif, ou devenir la colonne vertébrale d’une politique de transmission. La différence tient à l’articulation des quatre thèmes entre eux plutôt qu’à leur traitement en silos.
Le lien le plus fécond relie le volet « fin de carrière » au volet « transmission ». Un salarié en retraite progressive qui consacre une journée par semaine à une mission d’intérêt général cumule aménagement du temps, valorisation de l’expérience et impact social mesurable. L’accord gagne en crédibilité auprès des équipes.
Les associations, de leur côté, expriment des besoins précis en gestion de projet, comptabilité, numérique ou ressources humaines. Elles peuvent d’ailleurs publier leurs besoins de compétences pour rencontrer les entreprises engagées. La rencontre entre un besoin identifié et une expertise disponible reste la condition d’une mission réussie.
Pour les équipes RH qui souhaitent structurer cette approche, il existe des ressources dédiées permettant de faire de cette obligation un véritable levier de transmission, et un panorama complet des parcours selon votre situation.
Ce que vous retenez
- La loi seniors du 24 octobre 2025 crée une négociation obligatoire autonome pour les entreprises et groupes d’au moins 300 salariés disposant d’un délégué syndical.
- Quatre thèmes obligatoires : recrutement, maintien dans l’emploi, aménagement des fins de carrière, transmission des savoirs.
- Périodicité de 3 ans par défaut, 4 ans maximum par accord de méthode, première échéance au 26 octobre 2028.
- Un diagnostic préalable est requis à défaut d’accord d’aménagement ; ses modalités seront fixées par décret.
- Le mécénat de compétences figure désormais explicitement parmi les dispositifs de transmission à négocier.
Quelles entreprises doivent négocier sur l’emploi des seniors ?
Les entreprises d’au moins 300 salariés et celles appartenant à un groupe d’au moins 300 salariés au sens du comité de groupe, à condition de compter au moins un délégué syndical. En dessous de ce seuil, aucune obligation de négocier ne s’applique, mais un accord de branche peut proposer un plan d’action type que l’entreprise reste libre de mettre en œuvre après consultation du CSE.
Quelle est la date limite pour ouvrir la négociation seniors ?
Les dispositions étant entrées en vigueur le 26 octobre 2025, les entreprises concernées disposent d’un délai courant jusqu’au 26 octobre 2028 pour engager cette négociation. La périodicité est ensuite triennale à défaut d’accord, ou quadriennale au maximum si un accord de méthode fixe un calendrier différent, conformément à l’article L.2242-13 du code du travail.
La loi fixe-t-elle un âge pour définir un salarié expérimenté ?
Non. Le texte ne retient aucun seuil chiffré et laisse aux partenaires sociaux le soin de définir la notion de salarié expérimenté en considération de son âge, selon les spécificités des métiers et de la pyramide des âges de l’entreprise. Cette définition constitue généralement l’un des premiers points à trancher lors de l’ouverture des discussions.
Le mécénat de compétences fait-il partie des thèmes à négocier ?
Oui. L’article L.2241-14-1 du code du travail cite le mentorat, le tutorat et le mécénat de compétences parmi les modalités de transmission des savoirs et compétences à aborder. Le mécénat de compétences permet de mettre un salarié à disposition d’un organisme d’intérêt général sur son temps de travail, avec un régime fiscal encadré par l’article 238 bis du code général des impôts.
Que faire si la négociation n’aboutit à aucun accord ?
L’employeur doit établir un procès-verbal de désaccord. Il peut ensuite appliquer le plan d’action type prévu par l’accord de branche lorsqu’il en existe un, après information et consultation du comité social et économique et information des salariés, conformément à l’article L.2241-2-1 du code du travail. Le PV de désaccord reste une pièce examinée en cas de contrôle.